Cartographie de la recherche en design, par Liz Sanders
experience utilisateur / design d'interaction / ethnographie numérique / experience utilisateur / psychologie ergonomique / étude d'usage
aussi en anglais ici
contact: nicolas [point] nova [at] gmail [point ] com
Cartographie de la recherche en design, par Liz Sanders
L’interface utilisateur mobile de Cyworld (tiré de cette présentation). Ou comment faire tenir l’essence du social web sur un petit écran.

Un petit wordle du vocabulaire lié au toucher après une discussion avec Timo la semaine passée. Chacun de ces termes peut potentiellement conduire à une discussion à propos de l’affordances des interfaces et du vocabulaire correspondant. Par exemple: que faire du glissement? est-ce possible de combiner le glisser avec un autre geste? et qu’en est-il de la fonction: à quelle feature assigner un glisser? pourquoi? que se cache-t-il derrière le terme. Exercice: prendre chacun de ces mots et un dispositif technologique (au choix, un rephlex numérique) et se demander comment utiliser ces termes pour chacune des fonctions en place. Et se dire ensuite: est-ce que le geste est pertinent?
Cartographie de l’Internet, 1994 (source: Atlas of Cyberspace de Rob Kitchin et Martin Dodge)
La valeur des cartes vernaculaires, constituées par des proches, amis ou autres se révèlent dans le souci du détail mis en avant comme acte de communication. En haut, une carte en pleine “écriture” dans la rue à Lucerne: des enfants crééent une sorte de cartographie de leur ville avec les points d’intérêts qu’ils jugent pertinent et qu’ils partageront ensuite avec les piétons dans la rue. Ci-dessous, deux cartes de Berlin: une officielle touristique et l’autre réalisée par une amie, qui m’a indiqué les rues à visiter, en fonction de sa représentation de ce qui pourraient m’intéresser.
Les deux exemples témoignent de l’usage de la carte comme intention de communication.
Courte tribune dans Le Monde de ce week-end sur le fait que “l’avenir n’ait plus la côte”. La crise fiancière ne serait qu’un des nième symptômes de notre enferment dans un présent perpétuel qui ne laisserait plus de place à la prospective et l’anticipation.
Cette “forme vide du temps abstrait” dans laquelle le message pour s’en tirer serait la suivant
“Fini donc le temps des scénarios prévisionnels, prospectifs ou encore projectifs, qui “au gré des situations, cherchent à devenir des avenirs possibles, voire désirés”, qui structurent et construisent avec, surtout, une part d’illusion. Les nouvelles temporalités façonnent cette pauvreté anticipationnelle : l’immédiateté génère un temps continu peu propice à la réflexion ; l’urgence pousse à des comportements stressés, stéréotypés, présentés comme sans alternative ; la soif d’innovation, productrice d’obsolescence, porte au futur immédiat plus qu’au long terme ; la simultanéité, le multitasking, comme norme à l’action, surcharge l’attention. C’est le triomphe du présent sans profondeur. Or, comme le souffle une autre psychosociologue, Florence Giust-Desprairies, il faut pouvoir rêver le monde pour pouvoir y entrer.”
Dans “L’infra-ordinaire” de Georges Perec, il y a ce texte fascinant qui invite le lecteur à “interroger les petites cuillères”, c’est à dire à aborder le quotidien avec un regard d’observateur curieux. Contrairement à l’extraordinaire, c’est dans les “petit faits insignifiants et délicieux qui forment le fond même, la trame de l’existence” qu’émergent des questions et des idées pertinentes pour le design. Perec décrit clairement un mode de rapport à la trivialité du quotidien:
“Retrouver quelque chose de l’étonnement que pouvaient éprouver Jules Verne ou ses lecteurs en face d’un appareil capable de reproduire et de transformer les sons. Car il a existé, cet étonnement, et des milliers d’autres, et ce sont eux qui nous ont modelés. Ce qu’il s’agit d’interroger, c’est la brique, le béton, le verre, nos manières de table, nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. Interroger ce qui semble avoir cessé de nous étonner. Nous vivons, certes, nous respirons, certes ; nous marchons, nous ouvrons des portes, nous descendons des escaliers, nous nous asseyons à une table pour manger, nous nous couchons dans un lit pour dormir. Comment ? Où ? Quand ? Pourquoi ? Décrivez votre rue. Décrivez-en une autre. Comparez. Faites l’inventaire de vos poches, de votre sac. Interrogez-vous sur la provenance, l’usage et le devenir de chacun des objets que vous en retirez. Questionnez vos petites cuillères. Qu’y a-t-il sous votre papier peint ? Combien de gestes faut-il pour composer un numéro de téléphone ? Pourquoi ?”
A quoi cela peut-il servir? Pourquoi interroger le quotidien? Au delà d’une fascination pour Pérec et pour la poésir du monde, ce matériau peut venir inspirer, sinon informer le design: en comprenant les usages, les nons-usages, les petits trucs du quotidien, investiguant les petites choses simples relevant d’une poésie, d’un confort, de ce qui “fait” la réalité.
Mais il s’agit aussi de participer d’un réflexion bottom-up sur la façon dont le monde “est”: pourquoi les compteurs électriques sont ils dans les maisons en France? dehors en amérique du Nord? pourquoi le pavé numérique des clavier des téléphone est-il différent de celui des ordinateurs? Observer ne donne pas forcément la réponse mais permet de poser des questions.
Et se poser des questions, c’est déjà un premier pas pour trouver des opportunités (de conception?).