jeux vidéo et social software
Il y a quelques temps, j’ai travaillé sur un projet de social software pour un développeur de jeu vidéo. Dans le contexte de ce projet, j’avais regardé les liens entres ces deux univers. Quelques exemples plus précis pour éclairer cela. Mes notes rapides, que j’avais aussi fait parvenir à d’autres personnes. Tout d’abord les mécanismes sont clairement similaires, voici quelques parallèles que je tisse:
- Collection d’items, artefacts (de Pokemon sur console, d’amis ou de contacts sur MySpace/Facebook
- Echange das les jeux, échange d’artefacts équivalent au poke/poke back, “je t’envois un message/photo…, tu m’envois un en retour” sur un mécanisme de don ou de win-win
- Gagner des points dans les jeux équivalent aux les ratings/testimonials que les “amis” vous donnent sur vous-mêmes (sur Flickr, Linkedin…) ou sur vos productions (vidéo sur youtube, photos…)
- Personalisation/customization de personnages (MMO) ou de l’environnement (interface de WoW) équivalent à la personalisation de la page (ma page Twitter, rajouter des applications Facebook, ma page Netvibe avec ces widgets)
Sans aller jusqu’au Web2, des plateformes telle que Ebay suivent aussi ces principes; par exemple le système d’étoiles pour montrer quel type de vendeurs vous êtes est clairement à rapprocher de mécanismes de leveling… ou des ceintures de karaté!
Au fond, la relation entre jeu vidéo et social software est intéressante car elle est un indicateur pertinent de l’innovation croisée entre deux industries: celles du Web et celle du jeu vidéo. Les développeurs Web se sont inspirés des jeux vidéos pour concevoir les interfaces actuelles des média sociaux. Et ce pour plusieurs raisons:
- le jeu fait partie de leur culture, c’est donc involontairement qu’ils en ont interiorisé les grands principes
- le jeu a prouvé que ses mécanismes permettaient “d’accrocher” les utilisateurs et de leur proposer une expérience adéquate et motivante; des chercheurs et consultants américains pour la plus part (je pense à Amy Jo Kim avec son livre sur les communautés en ligne) ont explicitement détaillé comment utiliser les interfaces et mécaniques ludiques du jeu vidéo dans le développement Web
Ce qu’il y a de fascinant, c’est que l’industrie du jeu vidéo est aujourd’hui en train de vouloir se ré-approprier ses idées alors que c’est elle-mêmes qui en a été l’inspiratrice! Ceci étant dit, les éléments que propose les médias sociaux et autres social software sont bien souvent enrichis de nouveaux éléments qui ne proviennent pas à la base du domaine du jeu. On attend donc avec impatience le prochain cycle pour voir comment l’industrie du jeu va amalgamer tout cela et en ressortir quelque chose de différent.
Par contre, comme je le disais en introduction, je nuancerais le fait que les joueurs viennent “par jeu”. Ce que j’ai mentionné n’est qu’un des facteurs, la motivation principale restant, comme le souligne Jyri Engeström, pour chaque social software, un “objet” ou un but commun: par exemple sur Flickr partager des photos, sur Twitter de l’information en temps réel sur ce qu’on fait, sur Facebook tout un ensemble d’activités…
Après, il est aussi certain que des applications ludiques apparaissent sur les logiciels sociaux tels que Facebook: certaines sont des jeux existants (pacman…) mais d’autres utilisent les possibilité d’avoir des communautés de participants interconnectés (ce que Facebook appele le “graphe social”). Un très bon exemple est “Parking Wars” un mini-jeu sur Facebook dans lequel le principe du jeu est basé sur la nécessité d’avoir des contacts. Vous avez un certain nombre de voitures que vous pouvez garer chez des vos contacts et ceux-ci peuvent mettre des amendes (si la place est payante, si la place est réservée aux voitures d’une autre couleur). Le jeu utilise l’aspect social pour deux raisons:
- Maximiser les contacts (et notamment les contacts qui jouent peu) est un bon moyen de gagner
- En mettant les amendes il est possible d’envoyer des messages (et pas seulement des insultes) à ses contacts… que les gens du cercle social peurent voir… ce qui renforce l’aspect communautaire et le sentiment de vivre du groupe